Fondation Hocine Aït-Ahmed

HOCINE AÏT-AHMED​​

Maghrébin d’Algérie

Révolutionnaire & Démocrate

Portrait Hocine Ait Ahmed

Hocine Aït-Ahmed est venu au monde le vendredi 20 août 1926 « dans un village perdu au fin fond d’une vallée de la haute Kabylie », à Ait Yahia, wilaya de Tizi Ouzou, Algérie. 

« Militant indépendantiste, maquisard à 16 ans, penseur, organisateur, diplomate, et fin stratège, il a joué un rôle déterminant à toutes les étapes historiques de son pays.»¹

Avant l’indépendance et après la libération du joug colonial. Il s’est engagé pour l’indépendance, la liberté et la paix civile de ses concitoyens et ceux du Maghreb. Sa combativité et son humanisme prennent leur source dans un enracinement populaire qu’il évoque régulièrement avec fierté. Son engagement politique pour le respect et la préservation de la vie humaine, il le tire d’un enseignement prodigué par son père, Mohand Ouyahia Aït Ahmed. Caïd  dans plusieurs douars (agglomérations) entre 1938 et 1959, son père sera soupçonné par les autorités coloniales de faire le jeu du Parti du Peuple algérien (PPA)

01 Mohand Ouyahia Ait Ahmed-Mausolée

Photo : Mohand Ouyahia Aït Ahmed

devant le Mausolée de Cheikh Mohand Ou-Lhocine DR

Premier engagement politique et phase ascendante de mouvement de libération

A 16 ans, encore lycéen à Tizi-Ouzou, il adhère au Parti du Peuple algérien (P.P.A) en 1942. Il participe à l’organisation d’une « cellule estudiantine » du PPA et c’est là qu’il rencontre Ali Laïmèche. Bien plus tard, les deux jeunes militants recruteront Ramdane Abbane à l’occasion d’un congé qu’il passait dans son village natal d’Azouza, près de Fort-national.

Dès 1944, il participe avec d’autres lycéens de Ben-Aknoun (Alger) à la promotion du Manifeste du Peuple algérien. Un document publié le 10 février 1943 par Ferhat Abbas, selon lequel les « représentants » du peuple algérien s’engagent à soutenir l’effort de guerre des Alliés contre le nazisme, à condition que les Algériens puissent se prononcer librement et démocratiquement sur leur avenir, sans distinction de race ni de religion.

Les massacres le 8 mai 1945 L’Algérie coloniale célèbre la victoire contre l’Allemagne nazie. A l’apparition de drapeaux algériens et de slogans indépendantistes lors de manifestations pacifiques, la grosse colonisation, paniquée, orchestre une répression féroce (plus de 40’000 morts). Des villages entiers sont rasés par l’aviation et le marine à Kherrata et près de Sétif. Dans plusieurs villes du Constantinois, c’est la chasse au faciès.

16 mai 1945, il décide de prendre le maquis, avec Ali Laïmeche, Omar Oussedik, Amar Aït Hamouda ainsi que Bennaï Ouali. La Direction du P.P.A. avait fixé au jeudi 23 mai 1945 l’insurrection générale. Aussitôt en Kabylie, c’est l’auto-mobilisation. Des commandos sont constitués. Les effectifs varient entre soixante et cent pour chacune des huit régions. Des armes légères sont récupérées, des fusils de chasse, quelques grenades. A une semaine du soulèvement, déçu par le flou des ordres de la Direction, sans nouvelle de l’Armée du Sud-Algérois qui devait monter vers le Nord, les cinq jeunes maquisards prennent l’initiative de concentrer leur action militaire sur une place forte, la ville de Fort-National. A 18 heures précises, la veille de la date du déclenchement de l’insurrection, un contre-ordre de la direction du P.P.A. arrive d’Alger. Arrivé tardivement, ce message parvient à temps en haute Kabylie et en basse Kabylie. En revanche, dans la zone allant de Boghni à Tigzirt, c’était trop tard. De « grandes marches » insurrectionnelles sont stoppées à la dernière minute. Mais des incidents éclatent. Des poteaux téléphoniques sont abattus, la voie ferrée est sabotée. Très vite la répression militaro-policière sévit. Des arrestations sont opérées. Dans le reste du pays, peu de choses, sauf à Saïda, dans le sud Oranais et à Cherchell. Aucune nouvelle de la fameuse Armée du Sud-Algérois. Dès ce moment la Direction du P.P.A a perdu toute sa crédibilité en Kabylie, réservoir de militants et de cotisations de grande importance.

Théoricien de la guerre populaire révolutionnaire

Les 15 et 16 février 1947 se tient à Belcourt (Alger), le congrès clandestin du P.P.A, dans une vaste fabrique de limonade, en présence de Messali Hadj et de 120 délégués. Au nom d’une « vision stratégique cohérente et d’une rationnalisé politique », Hocine Aït Ahmed a préconisé la création d’une Organisation spéciale (OS), qui se consacrerait à la préparation de la lutte armée en élevant le niveau tactique et technique des cadres et des militants.

Désigné par le Comité central du PPA au Bureau politique, il se voit confié la direction de l’OS, en remplacement de Mohamed Belouizdad, atteint de tuberculose. Belouizdad lui avait déjà demandé de réfléchir sur les orientations et les structures de l’OS – qui sera créée le 13 novembre 1947 – et de prospecter les militants et les cadres d’un nouveau type. L’État-major se compose de huit membres : six chefs de zone : Mohamed Boudiaf et Ahmed Mahsas (Constantinois), Djilali Reguimi (Grand Alger), Mohamed Maroc (Algérois), Amar Ould Hamouda (Kabylie), Ahmed Ben Bella (Oranie) ; instructeur : Djilali Belhadj ; responsable : Hocine Ait Ahmed

Photo : Mohamed Belouizdad

Madjid (c’est son nom de guerre) en sera le chef. Il met en place durant deux ans – à l’échelle nationale – une structure clandestine pyramidale composée de 2000 cadres et militants que l’on retrouvera lors du déclenchement de la révolution le 1er novembre 1954, malgré une crise majeure au sein du PPA- MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques). Il recruta notamment Mourad Didouche pour « l’entreprise ultra-secrète de mise sur pied d’une structure militaire ».

Photo : Mourad Didouche

Kriegspiel. Fin janvier 1948, il organise un séminaire de réflexion, d’instruction et de formation sur la base d’un texte, élaboré avec Djilali Belhadj : « Brochure d’instruction militaire », ronéotypées en cinquante exemplaires numérotés. Le séminaire se termine par un Kriegspiel, qui consiste à résoudre un problème militaire se posant à un chef de bataillon ou de régiment. Mars 1948, tirant les enseignements du séminaire, il rédige et met en circulation la « Brochure de formation militaire ». Il élabore dans la foulée une troisième brochure consacrée à « l’attitude du militant face à la police.»

Lors d’une réunion de l’État-major, il a été déploré le retard mis à la structuration des sections de l’OS dans l’Oranie. Ben Bella a privilégié l’action légale en se portant candidat aux élections à l’Assemble algérienne.

Rapport de Zeddine. Il prend l’initiative à 22 ans de rédiger et de présenter au Comité central élargi du PPA à Zeddine en décembre 1948, un rapport politique stratégique radical qui définit les modalités organisationnelles et tactiques de la révolution. Il y exclut le terrorisme et l’insurrection généralisée. Il plaide en faveur d’une guerre de partisans. Constatant l’impasse de la voie légaliste de cadres du PPA, il déplore l’insuffisance du soutien financier consenti à l’OS et au recrutement. Il présente ensuite plusieurs mesures pour accélérer la révolution. L’une d’elles étant d’élargir la lutte au Maghreb en impliquant les Tunisiens et les Marocains.

C’est dans ce contexte qu’il organise, participe à la première phase, du hold-up de la poste d’Oran. Initialement prévue en mars 1949, l’attaque aura lieu le 5 avril. L’opération permit de s’emparer – de façon musclée, mais sans effusion de sang – d’une importante somme d’argent (trois millions d’anciens francs). Le parti allouera à l’OS un demi-million, plus du quintuple de son budget mensuel maximum.

Phase descendante du mouvement de libération

En 1949, alors que la nation algérienne était prête à engager un combat libérateur national, la poussée révolutionnaire, initiée en 1947, est stoppée.

L’aile ‘légaliste’ des instances dirigeantes du PPA-MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), hostile à l’existence même d’une organisation révolutionnaire, a exploité le «Complot berbériste » inventé de toute pièce, pour limoger Hocine Aït-Ahmed.

Derrière cette affaire de complot, Ali Yahia, qui finissait ses études de droit à Paris. Il y retrouve ses aînés, Mabrouk Belhocine, Yahia Henine, Saïd Oubouzar et occasionnellement Sadek Hadjerès. Fin 1948, au moment le rapport révolutionnaire de Hocine Ait Ahmed est adopté à Zeddine, Ali Yahia brandit l’étendard de la dissidence. Il fait voter le Comité fédéral sur une motion défendant la thèse de l’Algérie algérienne et dénonçant le mythe d’une Algérie Arabo-islamique. Elle est acceptée à une majorité écrasante. Au sein de la Fédération de France du PPA-MTLD, il déclenche une campagne contre l’orientation arabo-islamique du parti. La Kabylie traînera dès lors la casserole du « berbérisme.»

Hocine Ait Ahmed tente de calmer le jeu. Bien qu’activement recherché – son inculpation officielle s’est traduite par un mandat d’arrêt, il prend contact avec le bureau politique faisant valoir le fait que Ali Yahia n’est qu’une péripétie. Il tente à plusieurs reprises de voir Messali, sans succès. Il rédige et fait parvenir par l’entremise de Me Belhocine une lettre, un document politique de quarante pages aux militants emprisonnés. Il s’efforce de recentrer le débat sur la ligne la mise en œuvre des décisions politiques et organisationnelles de Zeddine. La réponse des camarades emprisonnés, pour certains torturés, est sans appel. « La révolution, c’est fini. Nous y avons cru, nous avons été les seuls à vouloir la faire, et on a été trompé, trahis. » Ils supplient Hocine Ait Ahmed de se cacher en Kabylie.

Madjid limogé sans avoir été informé. Octobre 1949, c’est au cours d’un rendez-vous à Alger convenu avec un représentant de la direction que Belaïd Aït Medri et Hocine Aït Ahmed voient arriver Ben Bella. « Je suis le responsable politique de l’OS» leur dit-il. Ben Bella, qui était sous les ordres de Hocine Aït Ahmed, ne l’avait pas averti. Encore moins le Bureau politique.

La dissolution de l’OS, à l’été 1950, a été décidée à l’unanimité par la direction du PPA-MTLD, à la suite de la découverte le 18 mars 1950 de cette organisation fer de lance de la révolution par les autorités coloniales. Quatre mois après sa désignation à la tête de l’OS, le recours de Ben Bella à la violence pour régler un problème disciplinaire révéla à la police coloniale un dispositif de sédition d’une grande ampleur. Un militant qui devait être châtié a réussi à prendre la fuite et à tout déballer au commissariat. Plus de 400 militants de l’OS sont arrêtés, torturés. Ben Bella sera arrêté à la mi-mai.

La phase diplomatique de son itinéraire politique commence

Recherché par toutes les polices de France et de Navarre, condamné à l’inaction – sans aucun soutien de son parti – il a arraché à celui-ci la décision de le désigner membre de la délégation du PPA-MTLD, en exil au Caire. Il y parvient en faisant un rapport sur la nécessité d’effectuer un travail diplomatique et l’indispensable internationalisation de la question algérienne. La pièce maîtresse de cette étude est le Maghreb, et la nécessité d’unifier la lutte des trois pays : Tunisie, Algérie, Maroc. Ainsi que l’élargissement d’un front anticolonial autour de Jawaharlal Nehru, figure de proue de la lutte pour l’indépendance de l’Inde, et de Muhammad Ali Jinnah, fondateur du Pakistan. On ne parlait pas encore de bloc arabo-asiatique ou afro-asiatique.

Photo : Messali Hadj

Saïd Farhi (son nouveau nom de guerre) quitte clandestinement Alger pour Marseille, fin octobre 1951 sur un grand paquebot. Vêtu en officier de marine, un officier du paquebot lui fait franchir sans encombre la douane et la police du port. Après son débarquement à Marseille, il prend le train pour Paris, en civil.

A Paris, Début janvier 1952, Messali demande à le voir et lui demande lors d’un repas, de faire un rapport sur une éventuelle remise sur pied de l’Organisation spéciale. Début février 1952, il fait remettre à Messali par l’intermédiaire de Moundji Zin El Abidine, un rapport sur des lignes forces générales, politique militaires et diplomatiques.

Fin avril, il fait escale à Berne, en Suisse. L’ambassadeur d’Égypte lui fournit un laissez-passer.

Hocine Aït-Ahmed rejoint le Caire le 1er mai 1952

Dès ce moment, débute la phase diplomatique de son itinéraire politique, considérée comme une part essentielle de sa stratégie révolutionnaire et de son engagement en faveur de l’indépendance, de la démocratie et des droits de l’homme en Algérie. 

Accueilli par Chadli Mekki, Mohamed Khider, et Kacem Zidoun il prend sa place au Bureau du Maghreb. Avec une priorité : concrétiser l’idée d’un combat libérateur, étendu à tous les pays du Maghreb, en effectuant un travail diplomatique et d’information dans le monde arabe et aussi à l’échelle internationale. Afin d’insérer l’Algérie dans le processus universel de la décolonisation.

Il assiste à la première Conférence des partis socialistes asiatiques, réunie en janvier 1953 à Rangoon (Birmanie). L’une des premières résolutions de soutien international à la lutte de libération du Maghreb est adoptée. La Conférence met en place un bureau anticolonial dont le rôle, notamment, est de suivre les luttes anticoloniales auprès des Nations Unies.

Hocine Aït Ahmed en profite pour faire une tournée au Pakistan, en Inde et en Indonésie pour créer des Comités de soutien à l’Algérie combattante.

Une Lettre de Hocine Aït-Ahmed adressée le 8 mars 1955 depuis Karachi à la journaliste Charlotte Clayton Maramis : in Echoes, Book two, My years in Indonesia 1949 - 1962

En avril 1955, il dirige la délégation algérienne à la Conférence de Bandung. Présent à Karachi, au mois de mars déjà, il effectue seul un intense travail diplomatique et d’information. Les résolutions prises par cette Conférence en faveur du droit à l’autodétermination et à l’indépendance des trois pays du Maghreb ont été préparées par les trois partis nationalistes (Tunisie, Maroc, Algérie) qui ont su mener une action commune sur la base d’un Mémorandum Maghrébin.

En avril 1956, il a ouvert et dirigé le bureau de la délégation du FLN à New-York. Il sera secondé par M’hamed Yazid. Rappelons qu’en septembre 1955, le problème algérien avait été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée Générale de l’ONU. Ce qui a provoqué le retrait retentissant de l’Assemblée Générale de la délégation française, présidée par le Premier ministre Antoine Pinay.

En octobre 1956, il est kidnappé par les autorités coloniales en compagnie de Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella et Mostefa Lacheref dans l’avion qui les conduisait du Maroc à Tunis où devait se tenir une Conférence maghrébine de la Paix. Avec pour objectif stratégique selon Hocine Aït Ahmed de créer une Confédération nord-africaine.

Hocine Aït Ahmed a été l’inspirateur du GPRA

Tout au long de sa détention, il a envoyé clandestinement à l’intention des dirigeants du FLN-ALN, des contributions politiques, d’ordre tactique et stratégique (certaines ont été publiées dans un livre intitulé « La guerre et l’après-guerre », éditions de Minuit, 1963, Paris. Dans la plus importante d’entre elles (avril 1957) – il en appelle avec urgence à la création d’un Gouvernement provisoire de la République Algérienne en exil.

Hocine Aït Ahmed considère que cette initiative révolutionnaire peut, au surplus, dans la foulée résorber, la crise interne suscitée par des responsables politiques, dont Ben Bella, opposés au Congrès de la Soummam, (tenu en août 1956) et qui préparent un congrès antagoniste.

Engagement pour les libertés démocratiques

Membre du Conseil National de la Révolution algérienne (CNRA) et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Hocine Aït-Ahmed, dès sa libération, en 1962, prend une position de fermeté contre la sédition militaire de l’État-major des frontières. Il met en garde les notabilités politiques contre un processus de crise qui risque de dégénérer en guerre civile.

Il dénonce les deux groupes dits de Tlemcen et le groupe de Tizi-Ouzou. Il appelle les forces d’avant-gardes – femmes, syndicats, étudiants etc. – pour faire barrage aux affrontements autodestructeurs. Les grandes manifestations populaires au cri de « Sbaa snin barakat !» (Sept ans cela suffit !) avaient pu interrompre momentanément ces violences.
Élu membre de l’Assemblée nationale constituante (ANC) – sur une liste unique de candidats dont il dénonce le principe -, il accepte néanmoins d’y siéger pour un double objectif :

  1. S’efforcer d’initier à partir de cette institution une vie politique avec des débats publiques en y associant la société.
  2. Veiller à ce que la commission chargée d’élaborer la constitution au sein de l’ANC termine son projet de constitution et le soumette aux débats libres et démocratiques des « élus » de la nation. Il fallait que l’ANC adopte le projet de constitution dans les délais légaux afin de le soumettre au corps électoral par voie référendaire.

Naissance du FFS et résistance militaire en Kabylie

La rédaction d’une Constitution organisée par Ahmed Ben Bella dans un cinéma à Alger a dessaisi l’Assemblée nationale constituante de sa prérogative essentielle qui est de fonder les bases d’un État de Droit.

Hocine Aït Ahmed démissionne, avec quelques députés dont le président de l’Assemblée Ferhat Abbas. Le 23 septembre 1963, il profite de la campagne publique qu’il mène contre le « Coup de force constitutionnel » pour créer à Tizi Ouzou, avec d’autres militants, le Front des Forces Socialistes (FFS).

Les « Blitz Operationen » , les opérations éclaires, déclenchées par l’Armée et la police politique visent àprévenir l’enracinement d’une opposition démocratique au sein de la population. Leurs objectifs, en créant des troubles, étaient au contraire d’enraciner les appareils d’oppression. La répression sauvage qui s’est abattue sur la Kabylie n’a pas épargné les militants politiques actifs sur l’ensemble du pays. Et ce dans le but de présenter le FFS comme un mouvement séparatiste.

Des maquis de résistance se sont spontanément dressés contre la terreur des troupes militaro policières. L’influence modératrice du FFS au sein de la population a empêché des dérives terroristes et renforcé le capital politique de ce parti. Événement totalement inédit dans l’histoire des résistances, Hocine Aït Ahmed a ordonné à ses partisans de ne tirer sur les soldats de l’ANP qu’en dernier recours, pour se défendre et protéger les civils.

Cet épisode de résistance politique et militaire sera conduit par Aït Ahmed et durant quelques semaines le colonel Mohand Oulhadj qui ralliera par la suite avec Ben Bella à l’occasion d’un conflit territorial opposant l’Algérie et le Maroc en octobre 1963, (« La guerre des sables »).

Plus de 400 morts dans les rangs du FFS, c’est le bilan de la répression féroce menée par les troupes du président Ben Bella et du colonel Boumediene.

Arrêté le 17 octobre 1964, Hocine Aït Ahmed a été traduit, avec six autres militants du FFS du 9 au 13 avril 1965 devant la Cour criminelle révolutionnaire, créée sur mesure. Il assure sa propre défense. Il sera condamné à mort, puis gracié. Il est ensuite déporté à la prison de Lambèse dans les Aurès, puis celle d’El Harrach (Alger).

S’étant finalement rendu compte qu’il était otage du chef d’État-major, Houari Boumediene, et de sa police politique, le président Ahmed Ben Bella décide de s’ouvrir à la société et entre dans un processus de négociation avec le FFS, une opposition jouissant déjà d’un capital politique significatif.

Accord FLN-FFS. Suite à des négociations menées à l’étranger, le FLN (Parti unique) et le FFS parviennent à un accord, qui sera rendu public par la presse nationale le 16 juin 1965.

Trois jours plus tard (le 19 juin 1965), le coup d’Etat, perpétré par Houari Boumediene met fin à toute possibilité de pluralisme politique pour sauvegarder l’orthodoxie de la pensée unique.

Le 30 avril 1966, Hocine Aït-Ahmed s’évade de la prison d’El Harrach. Initialement, son évasion devait avoir lieu entre Noël et le nouvel an. Il l’a reportée pour pouvoir mettre en sécurité Ali Mecili et un autre dirigeant du FFS Abdelhafid Yaha. Trouvant un prétexte plausible, il leur a confié, fin décembre 1965, une mission à Paris. Il a ainsi pu organiser le scénario de sa « sortie », un tour de passe-passe en deux temps.

Il joue les filles de l’air, déguisé en femme, portant un vêtement traditionnel, le haïek. Avec la complicité, notamment, de membres de la famille dont Si Mansour Mehenni (1922 – 1982), incarnation de la résistance populaire durant la guerre de libération et durant la résistance du FFS. Arrêté et inculpé pour atteinte à la sureté de l’État et complicité d’évasion, Si Mansour a été torturé.

Le lendemain de son évasion, Hocine Aït Ahmed a assisté à la télévision au défilé du 1er mai, qui a eu lieu en présence de Houari Boumediene. Quelques jours plus tard, accompagné de son oncle Saïd Aït Ahmed, c’est déguisés en pêcheurs, cageot de poissons sur l’épaule et bouteille de vin à la main, qu’ils embarquent sur un bateau de pêche, depuis le port d’Alger, vers Marseille.

Photo : Said Ait Ahmed

Prison El-Harrach 1965, Djamila, Hocine et Mansour Mehenni

Exil et combat pour une démocratie en Algérie

Il poursuit dès lors, depuis l’étranger, sa lutte pour la démocratie en Algérie, le respect et la promotion des droits de l’homme, et l’unité du Maghreb.

Il obtient sa licence en droit à Lausanne (Suisse). Puis, il soutient une thèse de doctorat, à Nancy, en 1975, sur « Les droits de l’homme dans la Charte et la pratique de l’O.U.A. »

A l’occasion du « Printemps berbère » (1980), lui et Ali Mécili jouent avec le FFS un rôle modérateur d’encadrement politique des militants afin d’empêcher l’irruption de la violence d’un côté et de l’autre d’inscrire la revendications linguistique et culturelle dans l’exigence d’un pluralisme national

Accord de Londres entre Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella Le 16 décembre 1985, un appel au peuple algérien pour l’instauration de la démocratie et le respect des Droits de l’homme est lancé depuis Londres par Aït Ahmed et Ben Bella. Ils font de la restitution au peuple algérien de son droit à l’autodétermination la pierre angulaire d’une Alternative démocratique. Ali André Mécili a joué un rôle décisif dans cette initiative.

Assassinat de Me Ali Mécili à Paris, le 7 avril 1987. Avocat au barreau de Paris, figure marquante de l’opposition démocratique au régime d’Alger, bras droit de Hocine Aït Ahmed, Ali Mécili est assassiné. Deux mois plus tard, la police française arrête le tueur présumé, un petit truand algérien aux ordres de la Sécurité militaire, les services secrets de l’armée algérienne. Mais au lieu d’être remis à la justice, il est réexpédié à Alger. Hocine Aït Ahmed dénonce ce crime « qui est l’incarnation même du fascisme, parce qu’à travers Ali on a voulu supprimer un idéal, l’idéal qu’il a toujours symbolisé : la démocratie, les droits de l’homme. » Il rédige et publie un livre/enquête « L’Affaire Mécili ».

Retour d'exil et reconnaissance du parti FFS

Les événements sanglants d’octobre 1988 et ses répercussions internationales ont imposé à la dictature militaro policière un processus d’ouverture fragile.

Hocine Aït Ahmed rentre en Algérie le 15 décembre 1989. Après moult tracasseries, son parti a finalement été reconnu. Bien après le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) et le Front Islamique du Salut (FIS) qui ont été reconnus rapidement et sans aucune difficulté.

A la veille d’échéances électorales, il dénonce les dangers d’une bipolarisation programmée de la vie politique (pouvoir – intégristes). Il met en garde contre les risques de violences. Sauvegarder la paix civile fut son leitmotiv, à l’étonnement des acteurs et observateurs politiques, séduits par le calme apparent.

Premier tour des élections législatives, 26 décembre 1991: victoire du Front islamique du salut (FIS), la majorité des sièges de députés.

Au lendemain de cette victoire, Hocine Aït Ahmed rencontre Khaled Nezzar, ministre de la Défense de l’époque, à la demande de ce dernier. Il lui dit que, dans un premier temps, il faut aller au deuxième tour. « Vous allez voir, les Algériens, dès qu’ils voient d’une manière concrète le danger, ils vont s’engager. »

Le 2 janvier 1992, son parti organise, la plus grande manifestation que la capitale ait connu depuis l’indépendance, avec pour credo « Ni Etat policier, ni République intégriste » (voir image ci-dessous).

Photo : Keystone

Le 11 janvier 1992, le président Chadli Bendjedid démissionne. Khaled Nezzar annonce l’arrêt du processus électoral.

Le lendemain Hocine Aït Ahmed dénonce un « Coup d’Etat ».

Après le « coup d’Etat » et malgré la proclamation de l’état d’urgence, le FFS utilise toutes les occasions pour poursuivre son combat en faveur du dialogue et d’une solution politique pacifique. Il dénonce les violences d’où qu’elles viennent ainsi que l’option éradicatrice du système et de ses relais.

Hocine Aït-Ahmed propose, en juin 1992, – une semaine avant l’assassinat de Mohamed Boudiaf – une Conférence nationale destinée à promouvoir une sortie de crise sur le modèle sud-africain.
Après l’assassinat de Boudiaf le 29 juin 1992 qui aggrave le climat de terreur et le verrouillage total de la vie publique, Hocine Aït-Ahmed décide de quitter l’Algérie pour continuer à l’étranger son combat politique.

En 1995, Hocine Aït Ahmed signe à Rome, au nom de son parti, avec les représentants de six autres formations et des personnalités politiques, une plate-forme de Sant’Egidio pour la sortie de la crise et le retour à la paix. 

Les signataires du « Contrat national » dit de Rome s’entendent sur un contrat politique constitué d’un ensemble d’engagements dont les plus importants sont l’alternance au pouvoir, la liberté de culte, la primauté de la loi légitime sur tout autre loi issue d’assemblées non élues légitimement, l’égalité des citoyens sans distinction d’aucune sorte, l’accession au pouvoir par des moyens pacifiques, le rejet de la violence pour se maintenir au pouvoir ou pour y parvenir.  La plate-forme de Sant’Egidio  a été immédiatement rejetée « globalement et dans le détail » par le pouvoir algérien et ses alliés.

Le 2 février 1999, il est de nouveau en Algérie. Sa candidature à l’élection présidentielle est annoncée le 5 du même mois.

 Après une campagne électorale, qui durant des semaines a démontré sa popularité, il se retire, le 14 avril, veille du scrutin, en compagnie de tous les autres candidats, pour dénoncer la fraude qui a déjà commencé et qui intronisera un président mal élu : Abdelaziz Bouteflika.

Victime d’un infarctus, il est transféré à l’hôpital de Lausanne (Suisse) pour y être opéré. Sa capacité de récupération – Médecin dixit ! – lui permet de reprendre ses activités.

Face à cette deuxième guerre sans nom, hors normes et sans fin, qui en est à sa 11e année, Hocine Aït Ahmed continue en effet à assumer ses responsabilités sur deux fronts :

  • A travers ses contacts et ses voyages à l’étranger, il poursuit son travail diplomatique pour aider à sortir l’Algérie de l’omerta internationale.
  •  Sur le plan intérieur, il continue son combat pour une solution politique. Il participe étroitement à la direction du FFS dans le cadre de ses prérogatives, il veille sur les traditions du débat démocratique pour que la base militante joue son rôle moteur aussi bien à l’intérieur qu’en direction de la société.

 

Le 23 décembre 2015, Hocine Aït Ahmed décède à Lausanne, en Suisse. Il avait 89 ans. Il est enterré le 1er janvier dans son village natal, conformément à ses dernières volontés.

Sources de cette biographie :

  • Hocine Aït Ahmed, une première version faite sous sa dictée en 2004
  • Mémoires d’un combattant : l’esprit d’indépendance 1942-1952
  • L’affaire Mecili
  • Vidéos interviews de Hocine Aït Ahmed
  • ¹Discours de Mouloud Hamrouche au 40ème jour du décès de Hocine Aït Ahmed, le 06 02 2016, au Palais de la Culture Moufdi Zakaria, Kouba, Alger.
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