Fondation Hocine Aït-Ahmed

La culture dans la pensée et l’action de Hocine Aït-Ahmed

Cette analyse a été lue par Tassadit Yacine, lors du Colloque international sur Hocine Aït-Ahmed qui s’est tenu à Alger, dimanche 18 janvier 2026.

MESSAGE DE LA FONDATION HOCINE AIT AHMED (FHAA)

 « Tout ce qui monte, converge » aimait à dire Hocine Aït Ahmed, reprenant les propos d’un philosophe français.

C’est dans cet état d’esprit que la Fondation Hocine Aït Ahmed, dédiée notamment à la préservation et à la diffusion des valeurs, de la pensée, de la méthode et de l’action de Hocine Aït Ahmed, salue la tenue du Colloque international consacré à Hocine Aït-Ahmed, les 17 et 18 janvier 2026 à Alger.

La richesse et la diversité des thématiques abordées ouvrent un champ prometteur pour une meilleure connaissance de l’histoire de l’Algérie et du Maghreb.

Nous souhaitons plein succès aux conférencières et aux conférenciers. Que les débats soient féconds.

Un remerciement particulier va aux militant-e-s du FFS pour leur engagement, aux organisateurs, sans oublier le concepteur de cette conférence Samir Ghezlaoui.

Cordialement.

Les héritiers légaux et institués de Hocine Ait Ahmed, pour la FONDATION HOCINE AIT AHMED (FHAA) – 17 janvier 2026

Hocine Ait Ahmed Portrait

Paroles libres pour l’histoire

Hocine Ait-Ahmed (1926-2015) s’est livré devant la caméra entre 1981 et 2002 à son fils Jugurtha. Au pied levé, de façon ponctuelle, lorsqu’il avait le temps. Avec spontanéité, naturel et une parole libre. Dans la série de vidéos inédites que nous mettrons progressivemnent à disposition des chercheurs, universitaires, historiens, mais aussi des citoyens, il informe, analyse à chaud, se confie. Il y dévoile, en filigrane, sa philosophie, sa pensée politique liée à l’action (Praxis). Une leçon de pédagogie politique. Il y dévoile aussi sa sensibilité. Sa poésie. Il a le verbe d’un « amusnaw » (sage), porté par la nécessité de transmettre aux générations à venir son amour pour le respect de la vie.

Portraits de Djamila Aït Ahmed

Vita Sumus : entretien réalisé par Philippe Nicolet. Image : Julien Cuendet

HOCINE AÏT-AHMED​​

Maghrébin d’Algérie

Révolutionnaire & Démocrate

Légende photo "Le 15 décembre 1989, à son retour d'exil, Aéroport d'Alger"

Hocine Aït Ahmed est né le 20 août 1926, à Ait Yahia, wilaya de Tizi Ouzou, Algérie.

« Militant indépendantiste, maquisard à 16 ans, penseur, organisateur, diplomate, et fin stratège, il a joué un rôle déterminant à toutes les étapes historiques de son pays.»¹

Avant l’indépendance et après la libération du joug colonial. Il s’est engagé pour l’indépendance, la liberté et la paix civile de ses concitoyens et ceux du Maghreb. Sa combativité et son humanisme prennent leur source dans un enracinement populaire qu’il évoque régulièrement avec fierté. Son engagement politique pour le respect et la préservation de la vie humaine, il le tire d’un enseignement prodigué par son père, Mohand Ouyahia Aït Ahmed. Caïd  dans plusieurs douars (agglomérations) entre 1938 et 1959, son père sera soupçonné par les autorités coloniales de faire le jeu du Parti du Peuple algérien (PPA)

Théoricien de la guerre populaire révolutionnaire, il a préconisé en février 1947, lors du Congrès clandestin du PPA à Alger, la création d’une Organisation spéciale (OS), pour préparer la lutte armée en élevant le niveau tactique et technique des cadres et des militants. Madjid (c’est son nom de guerre) en sera le chef. Il met en place durant deux ans – à l’échelle nationale – une structure clandestine pyramidale composée de 2000 cadres et militants que l’on retrouvera lors du déclenchement de la révolution le 1er novembre 1954, malgré une crise majeure au sein du PPA MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques). « Tous les responsables et la majorité des moudjahidines de la première heure étaient d’anciens membres de l’OS. L’OS, à ce titre, est l’ancêtre de l’ALN. L’ALN est l’ancêtre de l’Armée Nationale Populaire (ANP) »* Hocine Aït Ahmed est l’auteur de plusieurs rapports qui impacteront de façon significative le cours de l’histoire. Sur le plan technique et organisationnel :  La « Brochure d’instruction militaire », a été élaborée avec Djilali Belhadj fin janvier 1948. Il rédige et met en circulation en mars 1948 la « Brochure de formation militaire ». Il élabore dans la foulée une troisième brochure consacrée à « l’attitude du militant face à la police.» Sur le plan politique et stratégique, il prend l’initiative de rédiger et de présenter en décembre 1948, au Comité central élargi du PPA une œuvre, connue sous l’appellation de rapport de Zeddine.  Il avait seulement 22 ans. Dans cette analyse approfondie radicale, il y exclut le terrorisme et l’insurrection généralisée. Il plaide en faveur d’une guerre de partisans.

En 1949, il est limogé de la tête de l’OS par le du PPA-MTLD au prétexte d’un « Complot berbériste ».  Ahmed Ben Bella devient chef de l’OS. Deux mois plus tard, le recours par Ben Bella à la violence pour régler un problème disciplinaire révéla à la police coloniale cette organisation. L’OS est dissous à l’été 1950. Bien que recherché, Hocine Aït Ahmed fait parvenir au parti un rapport sur la nécessité d’effectuer un travail diplomatique et sur l’indispensable internationalisation de la question algérienne. Il a ainsi arraché la décision de le désigner membre de la délégation du PPA-MTLD, en exil au Caire.

Dès ce moment, débute la phase diplomatique de son itinéraire politique, considérée comme une part essentielle de sa stratégie révolutionnaire et de son engagement en faveur de l’indépendance, de la démocratie et des droits de l’homme en Algérie.  Arrivé au Caire, le 1er mai 1952, Hocine Aït Ahmed prend sa place au Bureau du Maghreb. Il a joué un rôle clé en tant que représentant du FLN/ALN à l’étranger, notamment en participant à la conférence de Rangoon (Birmanie) en janvier 1953, puis à Bandung en 1955. En avril 1956, il a ouvert et dirigé le bureau de la délégation du FLN à New-York. Rappelons qu’en septembre 1955, le problème algérien avait été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée Générale de l’ONU.

En octobre 1956, il est kidnappé par les autorités coloniales en compagnie de Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella et Mostefa Lacheref dans l’avion qui les conduisait du Maroc à Tunis où devait se tenir une Conférence maghrébine de la Paix.

Il a été l’inspirateur du GPRA. Tout au long de sa détention, il a envoyé au parti des contributions politiques. Dans la plus importante d’entre elles (avril 1957), il en appelle à la création d’un Gouvernement provisoire de la République Algérienne en exil.

A la libération en 1962, il est élu membre de l’Assemblée nationale constituante (ANC) – sur une liste unique de candidats dont il dénonce le principe -, il accepte néanmoins d’y siéger pour notamment s’efforcer d’initier à partir de cette institution une vie politique avec des débats publiques en y associant la société. Mais la rédaction d’une Constitution organisée par Ahmed Ben Bella dans un cinéma à Alger ayant dessaisi l’ANC de sa prérogative essentielle qui est de fonder les bases d’un État de Droit. Hocine Aït Ahmed démissionne, avec quelques députés dont le président de l’Assemblée Ferhat Abbas.

Le 23 septembre 1963, il profite de la campagne publique qu’il mène contre le « Coup de force constitutionnel » pour créer à Tizi Ouzou, avec d’autres militants, le Front des Forces Socialistes (FFS). La répression qui s’est abattue sur la Kabylie n’a pas épargné les militants politiques actifs sur l’ensemble du pays. Et ce dans le but de présenter le FFS comme un mouvement séparatiste. Des maquis de résistance se sont spontanément dressés.  L’influence modératrice du FFS au sein de la population a empêché des dérives terroristes. Événement inédit dans l’histoire des résistances, Hocine Aït Ahmed a ordonné à ses partisans de ne tirer sur les soldats de l’ANP qu’en dernier recours, pour se défendre et protéger les civils.

Arrêté le 17 octobre 1964, Hocine Aït Ahmed a été traduit, avec six autres militants du FFS, devant la Cour criminelle révolutionnaire (avril 1965). Il assure sa propre défense. Il sera condamné à mort, puis gracié.

Accord FLN-FFS. Des négociations menées à l’étranger, le FLN (Parti unique) et le FFS aboutissent à un accord, qui sera rendu public par la presse nationale le 16 juin 1965.  Trois jours plus tard (19 juin 1965), le coup d’État perpétré par Houari Boumediene met fin à toute possibilité de pluralisme politique.

Le 30 avril 1966, Hocine Aït-Ahmed s’évade de la prison d’El Harrach.

Il poursuit dès lors, depuis l’étranger, sa lutte pour la démocratie en Algérie, le respect et la promotion des droits de l’homme, et l’unité du Maghreb.

A l’occasion du « Printemps berbère » (1980), lui et Ali Mécili jouent avec le FFS un rôle modérateur d’encadrement politique des militants afin d’empêcher l’irruption de la violence d’un côté et de l’autre d’inscrire la revendications linguistique et culturelle dans l’exigence d’un pluralisme national

Accord de Londres entre Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bells Le 16 décembre 1985, un appel au peuple algérien pour l’instauration de la démocratie et le respect des droits de l’homme est lancé depuis Londres par Aït Ahmed et Ben Bella. Ali André Mécili a joué un rôle décisif dans cette initiative.

Assassinat de Me Ali Mécili à Paris, le 7 avril 1987, avocat au barreau de Paris, figure marquante de l’opposition démocratique au régime d’Alger, bras droit de Hocine Aït Ahmed. Hocine Aït Ahmed rédige et publie un livre/enquête « L’Affaire Mécili ».

Les événements sanglants d’octobre 1988 et ses répercussions internationales ont imposé à la dictature militaro policière un processus d’ouverture fragile. Hocine Aït Ahmed rentre en Algérie en décembre 1989. Après moult tracasseries, son parti a finalement été reconnu. Bien après le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) et le Front Islamique du Salut (FIS) qui ont été reconnus rapidement et sans aucune difficulté.

A la veille d’échéances électorales, il dénonce les dangers d’une bipolarisation programmée de la vie politique (pouvoir – intégristes). Il met en garde contre les risques de violences. Sauvegarder la paix civile fut son leitmotiv.

Premier tour des élections législatives, 26 décembre 1991: victoire du Front islamique du salut (FIS), la majorité des sièges de députés. Au lendemain de cette victoire, Hocine Aït Ahmed rencontre Khaled Nezzar, ministre de la défense de l’époque. Il lui dit que, dans un premier temps, il faut aller au deuxième tour. « Vous allez voir, les Algériens, dès qu’ils voient d’une manière concrète le danger, vont s’engager.» Le 2 janvier 1992, son parti organise, la plus grande manifestation que la capitale ait connu depuis l’indépendance, avec pour credo « Ni Etat policier, ni République intégriste ».

Le 11 janvier 1992, le président Chadli Bendjedid démissionne. Khaled Nezzar annonce l’arrêt du processus électoral. Le lendemain Hocine Aït Ahmed dénonce un « coup d’État ».

Après l’assassinat de Boudiaf le 29 juin 1992, il décide de quitter l’Algérie pour continuer à l’étranger son combat politique. En 1995, il signe à Rome, au nom de son parti, avec les représentants de six autres formations et des personnalités politiques, une plate-forme de Sant’Egidio pour la sortie de la crise et le retour à la paix.

Le 2 février 1999, il est de nouveau en Algérie. Sa candidature à l’élection présidentielle est annoncée le 5 du même mois. Après une campagne électorale qui durant des semaines a démontré sa popularité, il se retire, le 14 avril, veille du scrutin, en compagnie de tous les autres candidats, pour dénoncer la fraude qui intronisera un président mal élu : Abdelaziz Bouteflika.

Victime d’un infarctus, il est transféré à l’hôpital de Lausanne (Suisse) pour y être opéré. Sa capacité de récupération lui permet de reprendre ses activités.

Hocine Aït Ahmed continue à assumer ses responsabilités sur deux fronts : à travers ses contacts et ses voyages à l’étranger, il poursuit son travail diplomatique pour aider à sortir l’Algérie de l’omerta internationale. Sur le plan intérieur, il continue son combat pour une solution politique. Il participe étroitement à la direction du FFS dans le cadre de ses prérogatives.

Le 25 mai 2013, il démissionne de la présidence du FFS, lors du 5eme Congrès du parti. Le FFS se dote d’une présidence collégiale.

Le 23 décembre 2015, Hocine Aït Ahmed décède à Lausanne, en Suisse. Il avait 89 ans.  Il est enterré le 1er janvier dans son village natal, conformément à ses dernières volontés.

Sources de cette biographie :

  • Hocine Aït Ahmed, une première version faite sous sa dictée en 2004
  • Mémoires d’un combattant : l’esprit d’indépendance 1942-1952
  • L’affaire Mecili, ed. La Découverte, 1989
  • Vidéos interviews de Hocine Aït Ahmed
  • ¹Discours de Mouloud Hamrouche au 40ème jour du décès de Hocine Aït Ahmed, le 06 02 2016, au Palais de la Culture Moufdi Zakaria, Kouba, Alger.
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